L’« infocom » est l’abréviation courante, dans l’espace francophone (notamment en France), désignant les Sciences de l’Information et de la Communication (SIC) — une discipline académique hybride née dans les années 1970 qui étudie les processus de production, circulation, médiation, appropriation et transformation des informations et des communications dans leurs dimensions techniques, sociales, culturelles, politiques et économiques.
Contrairement à une vision réductrice centrée sur les « médias » ou le « community management », les SIC analysent l’information comme phénomène social total :
- Sciences de l’information : focus sur les systèmes documentaires, l’organisation des connaissances, la médiation informationnelle, l’accès au savoir (bibliothèques, archives, bases de données, web sémantique) ;
- Sciences de la communication : focus sur les interactions symboliques, les dispositifs médiatiques, les réseaux sociaux, les imaginaires collectifs et les rapports de pouvoir induits par la communication.
Aujourd’hui la discipline s’est recentrée sur trois défis critiques :
- La post-vérité algorithmique : comment les architectures informationnelles (réseaux sociaux, moteurs de recherche) reconfigurent la fabrique du sens et la confiance;
- L’écologie de l’information : empreinte cognitive et environnementale des flux informationnels (surcharge, désinformation, obsolescence numérique);
- La résilience des biens communs informationnels : préservation des savoirs face à la concentration des plateformes et aux risques de rupture (cyber, climatique).
Les SIC ne forment pas des community managers ou des influenceurs : elles forment des chercheurs, architectes de l’information, médiateurs documentaires, éthiciens des technologies et analystes critiques des écosystèmes informationnels capables de penser le numérique au-delà de l’outil, comme un dispositif socio-technique .
Outils et méthodes caractéristiques
| Type | Exemples |
|---|---|
| Théories fondatrices | • Théorie de la médiation (Régis Debray) • Économie de l’attention (Herbert Simon) • Actor-Network Theory (Latour) • Éthique de la communication (Habermas) |
| Méthodes de recherche | • Analyse de réseaux sociaux (Gephi, NodeXL) • Ethnographie numérique (immersion dans les communautés en ligne) • Analyse sémantique de corpus (IRaMuTeQ, TXM) • Expérimentations A/B sur l’architecture de l’information |
| Outils documentaires | • Zotero + plugins IA pour structuration bibliographique • Obsidian / Logseq pour cartographie des connaissances • Schema.org / Wikidata pour alignement sémantique • Wayback Machine pour archivage critique des évolutions web |
| Cadres éthiques | • Charte de déontologie des SIC (SFSIC) • Principes de data justice (refus du solutionnisme technologique) • Humilité numérique : reconnaissance des limites des modèles et des biais épistémiques |
Exemples d’objets d’études en SIC
| Champ | Objet concret | Question de recherche typique |
|---|---|---|
| Documentation numérique | HAL, Wikidata, archives décentralisées (IPFS) | Comment structurer des corpus scientifiques pour garantir leur pérennité hors des silos commerciaux ? |
| Architecture de l’information | Clusters thématiques, knowledge graphs, navigation sémantique | Comment l’organisation interne d’un site influence-t-elle sa découvrabilité par-delà le SEO technique ? |
| Médiation algorithmique | Recommandations TikTok, filtres Instagram, chatbots | Quels imaginaires sociaux sont naturalisés par les interfaces conversationnelles ? |
| Désinformation | Deepfakes politiques, infox circulant sur Telegram | Comment les communautés construisent-elles collectivement des régimes de véracité alternatifs ? |
| Écologie informationnelle | Surstimulation numérique, fatigue décisionnelle, data litter | Quel est le coût cognitif et environnemental de la production infinie de contenus ? |
| Civic Tech | Plateformes participatives, budget participatif en ligne | Comment les dispositifs numériques redistribuent-ils (ou concentrent-ils) le pouvoir décisionnel citoyen ? |