Théorie de l’internet mort

La théorie de l’Internet mort (en anglais Dead Internet Theory) est une thèse, née comme une théorie du complot sur des forums comme 4chan et Agora Road, qui affirme que le web tel que nous le connaissions a cessé d’exister vers 2016-2017.

Selon cette idée, l’activité humaine organique aurait été remplacée de manière massive par des bots et du contenu généré par l’IA, au point que les interactions que nous croyons avoir avec des humains seraient en réalité le plus souvent le fait de machines .

Une théorie à deux niveaux

Il faut distinguer deux lectures de cette théorie :

La version « dure » (complotiste) : elle affirme qu’il existerait un complot coordonné, orchestré par des gouvernements ou des grandes entreprises, visant à manipuler l’opinion publique en remplaçant les internautes par des IA. Cette version est rejetée par les experts, car elle manque de preuves et relève de la paranoïa.

La version « douce » (sociotechnique) : elle est beaucoup plus pertinente. Elle ne dit pas que les humains ont disparu, mais que notre expérience du web « semble » de plus en plus artificielle. L’augmentation massive de contenus automatisés, de fausses interactions et d’algorithmes opaques a dilué et rendu difficile à percevoir la présence et la voix humaines.

Des chiffres qui brouillent la frontière

Même si la théorie dans sa version complotiste est fausse, certains de ses constats sont étayés par des données. Le trafic automatisé est devenu majoritaire. Dès 2024, des rapports comme celui d’Imperva indiquaient que plus de 50 % du trafic mondial sur Internet provenait de bots, dépassant pour la première fois l’activité humaine. Une étude plus récente a même estimé qu’une part significative des nouveaux sites web était créée avec l’aide de l’IA.

Le rôle de l’IA générative

L’essor de l’IA générative a rendu cette théorie beaucoup plus crédible. Les modèles de langage peuvent désormais produire des textes, des images et des vidéos si convaincants qu’il devient presque impossible pour un humain de distinguer le vrai du faux au premier coup d’œil . Cela alimente un phénomène de « slop » (bouillie numérique) : des contenus sans âme, produits à la chaîne, qui inondent les réseaux sociaux et sont parfois amplifiés par des bots qui simulent l’engagement pour gagner en visibilité .

En résumé

La théorie de l’Internet mort n’est pas une description littérale et vraie de la réalité. C’est plutôt un symptôme d’une anxiété collective réelle face à un web qui semble de moins en moins peuplé d’humains et de plus en plus façonné par des machines . Elle pointe du doigt un vrai problème : la crise de la confiance en ligne, où il devient difficile de savoir si la personne avec qui l’on interagit est bien réelle.

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