Technofascisme

Terme critique émergent, sans auteur unique, désignant une forme contemporaine de gouvernementalité autoritaire s’appuyant sur les infrastructures numériques (algorithmes, réseaux sociaux, données massives) pour contourner la délibération démocratique, conditionner les subjectivités et normaliser la soumission par l’illusion du choix.

Il ne réplique pas le fascisme historique, mais en actualise les logiques de contrôle dans l’ère post-libérale.

Dans le monde anglophone, le terme circule dès les années 1980 dans des œuvres de science-fiction et des essais critiques. Par exemple :

  • William Gibson, dans Neuromancer (1984), et d’autres écrivains cyberpunk, dépeignent des sociétés où les corporations remplacent les États et utilisent la technologie pour contrôler les masses — un imaginaire proche du technofascisme, même si le mot n’y apparaît pas toujours explicitement.
  • Langdon Winner (philosophe des techniques) et Shoshana Zuboff (notamment avec son concept de « capitalisme de surveillance ») ont contribué à forger l’analyse critique qui sous-tend la notion, bien qu’elles n’aient pas nécessairement utilisé le terme « technofascisme ».

En français, le mot gagne en visibilité dans les années 2010–2020, notamment dans les milieux écologistes radicaux, antifascistes, décroissants et technocritiques. Des penseurs comme Bernard Stiegler, Éric Sadin, ou Julien Fuchs abordent des problématiques très proches — surveillance algorithmique, gouvernementalité numérique, délitement du lien démocratique — mais évitent souvent le terme « technofascisme » pour des raisons de précision historique (le fascisme classique étant un phénomène très ancré dans l’histoire européenne du XXe siècle).