Stratège territorial qui conçoit, pilote et évalue des programmes collectifs visant à réduire la fracture numérique sur un bassin de vie donné – quartier, commune, intercommunalité ou département. Il ne se limite pas à l’animation d’ateliers ponctuels : il cartographie les besoins réels des publics exclus, mobilise les acteurs locaux (médiathèques, centres sociaux, associations, collectivités), sécurise les financements (fonds européens, subventions territoriales), déploie des dispositifs pérennes (EPN, ateliers itinérants, tiers-lieux) et mesure l’impact social des actions au-delà du simple nombre de personnes « formées ».
Mission principale
Transformer l’inclusion numérique d’une action marginale en politique publique structurante et évaluée. Le coordinateur analyse les territoires en tension (zones rurales sans fibre, quartiers prioritaires avec équipement obsolète), co-construit avec les habitants des réponses adaptées (ateliers parents-enfants, permanences numériques en mairie, prêt de matériel), fédère un réseau d’acteurs souvent cloisonnés (travailleurs sociaux, bibliothécaires, élus), monte des dossiers de subvention avec indicateurs d’impact socialement pertinents (réduction des ruptures de droits, création de liens sociaux), et plaide auprès des décideurs pour maintenir un accès présentiel aux services publics quand le numérique exclut. Son défi : éviter que l’inclusion numérique ne devienne une simple case à cocher dans un plan local sans transformation réelle des conditions d’accès.
Compétences clés
- Diagnostic territorial participatif : cartographie des ressources existantes, identification des publics invisibles via les relais de proximité
- Ingénierie de projet sociale : montage de dossiers de subvention (fonds européens, DETR, CAF), définition d’indicateurs d’impact qualitatifs et quantitatifs
- Animation de réseaux hétérogènes : capacité à faire collaborer élus, associations, institutions publiques autour d’une vision partagée
- Connaissance des politiques publiques du numérique : plans France Très Haut Débit, stratégie nationale pour un numérique inclusif, appels à projets ANCT
- Évaluation sociale rigoureuse : méthodes mixtes (entretiens, focus groups, données administratives) pour mesurer la transformation des situations individuelles
- Posture politique éclairée : capacité à distinguer inclusion réelle (autonomie durable) et inclusion cosmétique (ateliers ponctuels sans suivi)
Spécificités métier
Le coordinateur incarne un rôle de traducteur permanent entre trois sphères qui ne se parlent pas naturellement :
- Les institutions publiques qui parlent en indicateurs chiffrés et délais administratifs
- Les associations de terrain qui vivent au rythme des urgences sociales quotidiennes
- Les habitants qui perçoivent le numérique comme une menace ou une promesse selon leur histoire personnelle
Son efficacité dépend de sa capacité à :
- Refuser les solutions technologiques toutes faites imposées d’en haut (tablettes offertes sans accompagnement)
- Valoriser les savoirs informels déjà présents dans les quartiers (jeunes qui aident leurs parents, voisins solidaires)
- Documenter les échecs pour ajuster les dispositifs plutôt que masquer les difficultés pour satisfaire les financeurs
En France, ce métier émerge dans les collectivités engagées (métropoles, départements), les structures d’éducation populaire structurées et les opérateurs de l’État en charge de la médiation numérique territoriale – mais reste souvent précaire et sous-doté face à l’ampleur des besoins.
À ne pas confondre avec
Le facilitateur d’inclusion digitale qui agit au contact direct des publics sans responsabilité sur la stratégie territoriale ni le montage de financements.
Le conseiller numérique France Services dont le périmètre est strictement administratif et individuel, sans dimension collective ni plaidoyer politique.
Le chargé de mission numérique territorial qui déploie des infrastructures (fibre, wifi public) sans nécessairement travailler sur l’adoption humaine ni l’inclusion sociale.
Le coordinateur ne distribue pas des tablettes ni n’anime des ateliers : il construit l’écosystème local où chaque acteur trouve sa place pour que personne ne soit laissé de côté quand la société bascule dans le numérique.
Fourchette de salaire
Métier encore mal reconnu en France malgré son importance stratégique pour les territoires :
- Junior (2-4 ans, souvent issu du développement social ou de l’animation territoriale) : 30 000 € à 38 000 € bruts annuels
- Confirmé (5-8 ans, pilotage de dispositifs intercommunaux ou départementaux) : 39 000 € à 48 000 € bruts annuels
- Senior (coordination régionale ou expertise reconnue au niveau national) : 50 000 € à 62 000 € bruts annuels
Note : les postes sont souvent en CDD liés à la durée des subventions ; la pérennité reste fragile malgré l’impact social avéré.