L’IA a remodelé un tiers du web en trois ans

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Ce que révèle une étude de Stanford

Une équipe de l’Internet Archive, de Stanford et de l’Imperial College London a passé au crible 33 mois de production web. Conclusion : 35 % des nouveaux sites créés mi-2025 étaient générés ou assistés par IA.

De zéro à un tiers en trois ans. Voilà le chiffre qui résume l’étude The Impact of AI-Generated Text on the Internet, publiée sur arXiv le 14 avril 2026 par Jonas Dolezal (Imperial College London), Sawood Alam et Mark Graham (Internet Archive) et Maty Bohacek (Stanford University). Les chercheurs ont exploité les archives de la Wayback Machine pour extraire des échantillons représentatifs de sites publiés entre août 2022 et mai 2025, puis les ont passés au crible via un détecteur de texte IA.

35 % : un chiffre qui cache une accélération vertigineuse

Avant le lancement public de ChatGPT fin 2022, la proportion de sites classés comme générés ou assistés par IA était quasi nulle. Trente mois plus tard, elle atteignait 35 %. En une trentaine d’années, des millions de contributeurs humains ont façonné le web. L’IA en a remodelé un tiers en moins de trois.

Ce chiffre de 35 % n’est pas le seul à circuler. Une autre étude menée sur près d’un million de pages web en 2025 estimait que 74,2 % des nouvelles pages contenaient du contenu IA. L’écart s’explique par le périmètre : l’étude de Stanford mesure des sites entiers, l’autre compte des pages individuelles contenant ne serait-ce qu’une trace de texte assisté.

Six hypothèses, deux confirmées

Les chercheurs ont testé six hypothèses sur les effets du contenu synthétique. Seules deux ont été validées statistiquement:

L’IA réduit la diversité sémantique : les textes générés ou assistés par IA présentent une similitude sémantique moyenne 33 % supérieure à celle des textes non générés par IA. Mêmes tournures, mêmes structures, même vocabulaire lissé d’un site à l’autre. Les auteurs parlent de « contraction sémantique ».

L’IA rend le web plus positivement complaisant : le sentiment positif moyen des textes générés par IA est 107 % plus élevé que celui des textes non générés. Les modèles de langage produisent des réponses agréables, prudentes, alignées sur ce que l’utilisateur attend. Une uniformité « souriante » qui pourrait appauvrir le débat public.

En revanche, l’étude n’a pas trouvé de preuve statistique solide que l’augmentation du contenu IA entraîne une baisse de la précision factuelle, un appauvrissement stylistique ou une diminution des sources citées. Le web IA n’est pas devenu plus faux que le web humain — ce qui en dit peut-être autant sur nous que sur les machines.

Perception publique vs réalité empirique

L’étude inclut un volet intéressant : un sondage mené auprès d’un échantillon représentatif d’adultes américains. Les résultats montrent un écart saisissant entre la perception et la réalité :

75 % des participants pensaient que l’IA augmentait l’exposition à des informations factuellement incorrectes — une hypothèse non confirmée par l’analyse des sites.

83 % croyaient que les styles individuels disparaissaient au profit d’une voix générique et uniforme — hypothèse également non confirmée.

Les non-utilisateurs de l’IA et ceux qui en ont une opinion négative tendent à surestimer ses effets négatifs.

Le vrai risque : une « monoculture » du discours

Ce que l’étude met en lumière n’est pas une catastrophe de la désinformation, mais une dégradation plus insidieuse du débat public. Un tiers du web neuf est écrit par les mêmes modèles, entraînés sur les mêmes données, calibrés pour être « parfaitement conformes et agréables ».

Le risque n’est pas (seulement) la désinformation, c’est l’uniformisation : une web où toutes les voix se ressemblent, où les aspérités disparaissent au profit d’un consensus mou généré à la chaîne. Pour les auteurs, la menace immédiate est plus épistémique que factuelle : la prolifération de textes artificiels, de plus en plus difficiles à distinguer de l’humain, risque d’éroder la confiance dans l’information en ligne en général.

« La question n’est pas de savoir si un texte est vrai ou faux, mais s’il existe encore des voix singulières pour le dire » est l’une des conclusions implicites de l’étude.

Référence : Dolezal, J., Alam, S., Graham, M., & Bohacek, M. (2026). The Impact of AI-Generated Text on the Internet.